« Tu parles trop. » Combien de fois avez-vous entendu cette phrase ? Avec un sourire gêné, parfois avec agacement.
Et à chaque fois, le même sentiment désagréable. Vous ne cherchez pas à monopoliser la conversation. Les mots arrivent, ils viennent, et ils ne s'arrêtent pas.
Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est un trouble du flux de parole, qui porte un nom et qui a des causes précises.
En bref : la logorrhée, ce n'est pas parler vite - c'est parler sans pouvoir s'arrêter. Trois critères la définissent : un flux difficile à interrompre, une autorégulation faible, un impact réel sur vos interlocuteurs. Elle se travaille, et une apparition brutale à l'âge adulte justifie un avis médical.
Avant de lire la suite, faites l'auto-test gratuit. 8 questions ciblées, 2 minutes, vous saurez où vous vous situez. Aucune inscription requise.
La logorrhée, c'est quoi exactement ?
Le mot vient du grec logos (parole) et rhein (couler). Littéralement : un écoulement de paroles. La définition clinique tient en trois points :
Important à comprendre : la logorrhée n'est pas un débit rapide en soi. On peut être logorrhéique en parlant lentement (juste, sans s'arrêter). Et inversement, beaucoup de bredouilleurs parlent vite sans être logorrhéiques. Ce sont des choses différentes.
« Logorrhée verbale », « diarrhée verbale » : les mots que vous avez sans doute tapés
Vous êtes peut-être arrivé ici en cherchant logorrhée verbale. C'est la formule la plus employée, et c'est un pléonasme : logos, en grec, veut déjà dire parole. Dire « logorrhée verbale », c'est dire « écoulement de paroles verbal ». Aucune importance, l'expression est passée dans l'usage et elle désigne exactement la même chose.
Les autres mots que vous croiserez :
Et la question qui revient le plus : comment appelle-t-on une personne qui parle sans arrêt ? En clinique, logorrhéique. Dans la vie, « moulin à paroles ». Ce qui sépare les deux mots n'est pas une question de politesse, c'est la capacité à s'arrêter quand vous l'avez décidé.
Personne logorrhéique : les signes qui ne trompent pas
Une personne logorrhéique n'est pas simplement quelqu'un qui aime parler. C'est quelqu'un qui a du mal à s'arrêter, même quand elle le voudrait. De l'extérieur, et de l'intérieur, ça ressemble à ceci :
Ce dernier signe compte beaucoup. Il montre que la personne logorrhéique voit le problème, mais trop tard, une fois la conversation finie. C'est exactement là que le travail commence : ramener ce constat pendant la conversation, au lieu d'après.
Et un enfant logorrhéique ?
Pas de panique : un enfant de 3 à 6 ans qui parle du matin au soir est, la plupart du temps, un enfant qui découvre le langage et s'en régale. Parler beaucoup n'est pas un symptôme à cet âge.
Ce qui justifie d'en parler au médecin ou à l'enseignant, c'est un ensemble de signes qui durent :
Ce tableau peut évoquer un TDAH, qui se diagnostique avec le médecin. Et comme chez l'adulte, un changement brutal de comportement mérite un avis médical rapide.
Logorrhée, bredouillement, tachylalie : le tableau comparatif
Ces trois mots circulent souvent comme synonymes. Ce ne sont pas les mêmes réalités cliniques :
Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes
| Critère | Logorrhée | Bredouillement | Tachylalie |
|---|---|---|---|
| Quantité de parole | Excessive | Normale | Normale |
| Vitesse | Variable | Rapide ou irrégulier | Toujours rapide |
| Articulation | Souvent préservée | Télescopages | Variable |
| Difficulté à s'arrêter | Centrale | Secondaire | Secondaire |
Concrètement : un bredouilleur peut être logorrhéique, mais pas forcément. Beaucoup de personnes logorrhéiques articulent très bien, c'est juste qu'elles ne s'arrêtent pas.
Pour mesurer votre vitesse de parole en syllabes par seconde, le test vocal gratuit prend deux fois 30 secondes.
Pourquoi les mots ne s'arrêtent pas : 4 causes principales
1. Le terrain neurologique
Chez les personnes avec TDAH adulte, la logorrhée est un symptôme classique. Le filtre inhibiteur est moins efficace : ce qui arrive à l'esprit sort par la bouche. Pas par manque d'éducation. Par déficit d'inhibition exécutive, c'est neurologique. Le lien TDAH et bredouillement explique cette mécanique en détail.
Chez les profils à haut potentiel (HPI), la pensée arborescente fait jaillir 5 idées en parallèle, et la parole tente de toutes les sortir avant qu'elles disparaissent.
2. L'anxiété sociale paradoxale
Contre-intuitif, mais réel : beaucoup de personnes logorrhéiques sont en réalité angoissées par le silence. Un blanc dans la conversation = malaise = je remplis. Le résultat : un monologue défensif qui épuise tout le monde, l'orateur le premier. La parole devient une armure, pas une communication.
3. L'excitation émotionnelle
Joie intense, passion, colère : tous les états d'activation forte accélèrent et prolongent la parole. La respiration s'emballe, la motricité suit. C'est mécanique. Voir Pourquoi je parle trop vite quand je suis stressé.
4. Le contexte hypomaniaque (à ne pas négliger)
Dans les troubles de l'humeur (bipolarité de type II notamment), les épisodes hypomaniaques s'accompagnent typiquement d'une logorrhée intense et d'une fuite des idées. Si votre logorrhée est récente, fluctuante, associée à une humeur exaltée et un sommeil réduit : consultation médicale recommandée.
Le coût social invisible
Personne ne pleure une logorrhée. Pourtant, le coût est réel :
Pas de panique. Ces coûts sont réductibles. Et les leviers sont plus simples que vous ne le pensez.
Logorrhée et anxiété : le cercle qui tourne en rond
C'est un lien fréquent, et l'un des plus mal compris. Parce que vu de l'extérieur, quelqu'un qui parle sans arrêt a l'air très à l'aise. À l'intérieur, c'est souvent le contraire.
Le cercle se referme en quatre temps :
Ce quatrième temps est le carburant du suivant. La honte d'avoir trop parlé augmente l'anxiété, et l'anxiété augmente le besoin de remplir. Le lendemain, le cercle repart plus fort.
Le point important : ce n'est pas votre volume de parole qu'il faut attaquer en premier, c'est votre tolérance au silence. Tant qu'un blanc de trois secondes reste insupportable, vous le remplirez, quelle que soit votre bonne volonté. C'est exactement l'objet du Silence Offert, plus bas dans cet article.
(Et si vous vous reconnaissez surtout dans le quatrième temps, celui d'après, sachez que c'est le plus courant. Ce n'est pas de la faiblesse, c'est le mécanisme qui fonctionne comme prévu.)
Le stress aigu, lui, joue sur un autre levier : il accélère le débit plus qu'il n'allonge la parole. Les deux se combinent souvent. Le détail du mécanisme est dans Pourquoi je parle trop vite quand je suis stressé.
Logorrhée et troubles de l'humeur : le signal à ne pas manquer
Cette partie mérite d'être lue même si vous pensez qu'elle ne vous concerne pas, parce qu'elle change la conduite à tenir.
Une logorrhée installée depuis toujours, stable, qui fait partie de votre façon d'être depuis l'adolescence : c'est le cas le plus fréquent, et c'est celui que tout le reste de cet article adresse.
Une logorrhée récente et fluctuante, qui arrive par périodes, est un signal différent. Dans les troubles de l'humeur, en particulier la bipolarité de type II, les phases hypomaniaques s'accompagnent typiquement d'un flux de parole intense, d'une pensée qui saute d'une idée à l'autre (les cliniciens parlent de fuite des idées) et d'une difficulté majeure à se laisser interrompre.
Les quatre éléments qui, ensemble, justifient un avis médical plutôt qu'un travail de la parole :
Si vous cochez ces cases, l'entrée n'est pas l'orthophonie : c'est votre médecin traitant ou un psychiatre. Un travail sur le débit ne traitera pas un trouble de l'humeur, et retarder l'avis médical ne rend service à personne.
Le TDAH, lui, joue sur un tout autre registre : le filtre inhibiteur, pas l'humeur. C'est détaillé dans TDAH et bredouillement.
Rien de ce que vous lisez ici n'est un diagnostic. Cet article et l'auto-test donnent des repères, pas un avis médical.
Concrètement, je fais quoi ?
Trois techniques, dans cet ordre. La première est inconfortable, les deux autres sont contre-intuitives. Toutes les trois marchent.
1. Le miroir sonore
L'étape que tout le monde évite, parce qu'elle est désagréable.
On ne régule pas ce qu'on ne perçoit pas. Et la logorrhée a ceci de particulier : la personne qui en souffre ne l'entend pas. Elle est dans son flux.
Le miroir sonore consiste à se mettre en face de la réalité :
C'est désagréable. C'est aussi le seul point de départ réel.
2. La règle du moins 30 %
Quand vous sentez que vous partez sur une longue tirade, coupez-vous à 30 % de longueur. Délibérément. Vous n'aurez pas tout dit.
Et c'est exactement l'objectif.
Parce que l'autre va vous poser une question. Et vous répondrez. La conversation devient un échange, pas un monologue. Et ce que vous dites a plus de poids parce qu'il n'est pas noyé dans un flux.
Au début, vous aurez l'impression de vous amputer. En réalité, vous rendez vos idées plus efficaces.
3. Le silence offert
La technique la plus contre-intuitive, et la plus puissante.
Avant chaque réponse, 3 secondes de silence volontaire. Ça paraît une éternité. C'est exactement ce que ressentent vos interlocuteurs habituels quand ils essaient de placer un mot.
Le silence n'est pas un vide à combler. C'est un espace que vous offrez. Ces 3 secondes obligent votre filtre exécutif à se remettre en marche. Elles donnent à l'autre le signal que vous avez entendu ce qu'il a dit avant de répondre.
Et avec le temps, cette tolérance au silence s'intègre. Ce n'est plus un effort. C'est un réflexe.
Si la logorrhée s'accompagne d'un débit rapide
Souvent, logorrhée et débit rapide vont ensemble. Le cerveau produit vite, les mots sortent vite, et en quantité. Dans ce cas, travailler sur la vitesse articulatoire réduit mécaniquement le volume : moins de mots sortent par seconde, le flux global diminue.
C'est ce que fait le biofeedback vocal : une jauge SPS visible pendant l'entraînement. Vous voyez votre vitesse, vous la réglez. Et progressivement, ce débit plus posé devient votre normal.
Voir 3 exercices d'orthophoniste pour ralentir pour les techniques concrètes.
Quand consulter un professionnel ?
La logorrhée justifie un avis professionnel quand :
Un orthophoniste formé à la fluence saura distinguer logorrhée pure, bredouillement, tachylalie et trouble organisationnel. C'est l'objet du bilan de la Batterie Van Zaalen.
Mesurez un débit de parole en 2 minutes.
Vous lisez, puis vous parlez. Gratuit, sans inscription.
Tester mon débit gratuitementFAQ - vos questions sur la logorrhée
Qu'est-ce que la logorrhée ?
Un flux de parole abondant et difficile à interrompre, associé à une faible capacité à se freiner soi-même et à un impact réel sur les interlocuteurs. Ce n'est pas une question de débit : on peut être logorrhéique en parlant lentement. Ce n'est pas non plus un défaut de caractère.
Quels sont les symptômes de la logorrhée ?
Quatre signes reviennent systématiquement : vos interlocuteurs peinent à placer un mot, vous finissez leurs phrases, vous ne supportez pas les silences, et vous ressentez après coup une fatigue ou un regret d'en avoir « trop dit ». S'y ajoutent souvent un enchaînement rapide des idées et des digressions dont vous perdez le fil de départ.
Quel est le synonyme de logorrhée ?
En langage courant : « diarrhée verbale », ou « logorrhée verbale », qui est un pléonasme puisque logos veut déjà dire parole. Dans les dictionnaires médicaux : verbomanie, logomanie. À ne pas confondre avec la volubilité, qui décrit une parole abondante et aisée, sans caractère pathologique. Et si c'est le mot « trouble de l'élocution » qui vous a amené ici, sachez qu'il désigne autre chose : la manière de dire, pas la quantité dite.
Comment appelle-t-on les personnes qui parlent sans arrêt ?
Le terme clinique est logorrhéique. Le langage courant dit « moulin à paroles » ou « bavard ». La différence n'est pas dans le ton employé : une personne bavarde peut s'arrêter quand elle le décide, une personne logorrhéique n'y arrive pas ou très difficilement.
Qu'est-ce qu'une personne logorrhéique ?
C'est une personne qui parle de façon abondante et qui a du mal à s'interrompre, même quand elle le souhaite. Les autres ne placent pas un mot, les silences sont vite comblés, les signaux de lassitude passent inaperçus, et le regret d'avoir trop parlé arrive après coup. Ce n'est pas un défaut de caractère : c'est une difficulté d'autorégulation du flux de parole, qui se travaille.
Un enfant logorrhéique, faut-il s'inquiéter ?
Rarement. Entre 3 et 6 ans, parler beaucoup est le signe d'un langage qui se développe. Un avis médical se justifie si l'enfant ne parvient pas à s'arrêter même quand on le lui demande calmement, parle sans tenir compte de celui qui l'écoute, a beaucoup de mal à attendre son tour, et si s'y ajoutent agitation et difficultés d'attention : ce tableau peut évoquer un TDAH.
La logorrhée est-elle un trouble mental ?
Non. C'est un trouble du flux de parole, pas un trouble mental. Elle peut être associée à un TDAH ou à des troubles de l'humeur, mais elle peut aussi être isolée, sans aucun trouble psychiatrique sous-jacent.
Est-ce qu'« être bavard » et « être logorrhéique », c'est la même chose ?
Non. Être bavard, c'est choisir de parler beaucoup et pouvoir s'arrêter quand on veut. La logorrhée est caractérisée par la difficulté à s'interrompre et l'impact sur les interlocuteurs. La différence est dans la capacité d'autorégulation.
La logorrhée se traite-t-elle ?
Oui. Elle ne "se guérit" pas comme une infection, mais elle se régule. Le travail sur le silence volontaire, la règle du moins 30%, le biofeedback vocal, et parfois un accompagnement orthophonique ou psychologique, permettent des changements réels et durables.
Quel est le lien entre logorrhée et anxiété ?
Le silence est vécu comme un malaise, vous le remplissez, puis vous regrettez après coup d'avoir trop parlé. Ce regret alimente l'anxiété, qui alimente le besoin de remplir : le cercle se referme. Le levier n'est pas votre volume de parole, c'est votre tolérance au silence.
Mon TDAH explique-t-il ma logorrhée ?
Partiellement. Le TDAH affaiblit le filtre inhibiteur, ce qui favorise la logorrhée. Mais traiter le TDAH (médication, thérapie cognitive) ne fait pas toujours disparaître la logorrhée : les habitudes de parole se sont consolidées. Un travail spécifique sur le flux verbal reste souvent utile.
Une logorrhée récente doit-elle inquiéter ?
Elle justifie un avis médical quand elle est apparue ou s'est aggravée sur quelques semaines, qu'elle va et vient par périodes, et qu'elle s'accompagne d'une humeur exaltée et d'un sommeil réduit sans fatigue. Ce tableau évoque une phase hypomaniaque : l'entrée est alors le médecin traitant ou le psychiatre, pas l'orthophonie.
Comment savoir si je suis logorrhéique ou simplement enthousiaste ?
Le critère clé tient en trois questions. Vos interlocuteurs ont-ils du mal à placer un mot ? Finissez-vous les phrases des autres ? Regrettez-vous après coup d'en avoir « trop dit » ? Trois oui, et le sujet mérite d'être travaillé.
À retenir
- Je parle trop : pourquoi, et comment s'arrêter
- Comprendre le bredouillement
- Pourquoi je parle trop vite quand je suis stressé
- Test vocal gratuit
- Élocution : définition et troubles
Informations générales : elles ne remplacent pas l'avis d'un ou une orthophoniste ou d'un médecin. ParlerMoinsVite n'est pas un dispositif médical.
Mis à jour le 27 septembre 2026

J'ai bredouillé toute ma vie sans le savoir. En 2022, une orthophoniste spécialisée en fluence m'a aidé à comprendre et à travailler mon débit. C'est ce parcours qui m'a poussé à créer ParlerMoinsVite, l'outil que j'aurais voulu avoir dès le début.