Pratique

    Tiers temps et aménagements d'épreuves : le calendrier à ne pas rater

    Clément, fondateur
    10 min de lecture
    17 août 2026

    Il y a une phrase que les familles entendent trop souvent, et toujours trop tard : « il aurait fallu déposer le dossier avant. »


    C'est le piège central des aménagements d'épreuves. Ce n'est pas un dossier difficile à monter. C'est un dossier dont l'échéance tombe des mois avant l'examen : pour des épreuves de juin, la demande se dépose le plus souvent à l'automne précédent, au moment de l'inscription à l'épreuve.


    Un élève de terminale qui découvre en mars qu'il aurait pu bénéficier d'un temps de passage majoré au grand oral a, dans la plupart des cas, déjà perdu la fenêtre.


    En bref : « tiers temps » désigne le temps supplémentaire accordé pour une épreuve, plafonné au tiers de la durée normale — mais ce n'est qu'un aménagement parmi d'autres, et pas le plus utile pour un oral. La demande passe par un médecin désigné par la CDAPH, au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen. Pour un trouble de la fluence, les aménagements pertinents portent sur le déroulé de l'oral, pas sur l'écrit.

    Ce que « tiers temps » veut dire exactement


    Le terme est utilisé partout, souvent comme synonyme de « aménagement d'examen ». C'est plus précis que ça.


    Le tiers temps est une majoration du temps imparti pour une épreuve, dont la durée supplémentaire est en principe limitée au tiers du temps normalement prévu. Une épreuve écrite de 4 heures peut ainsi passer à 5 h 20.


    Deux malentendus fréquents, qu'il vaut mieux lever tout de suite.


    Ce n'est pas automatique. Aucun aménagement n'est accordé du simple fait d'un diagnostic. Chaque mesure est proposée par le médecin désigné au vu de la situation concrète du candidat, puis accordée par l'autorité qui organise l'examen.


    Ce n'est pas toujours ce qu'il faut demander. Pour un trouble de la fluence — bégaiement, bredouillement — le besoin porte d'abord sur les épreuves orales. Demander un temps majoré à l'écrit, alors que rien ne le justifie, affaiblit le dossier plutôt que de le renforcer : une demande calibrée passe mieux qu'une demande maximale.


    Le cadre : ce que dit le droit, en clair


    L'article L. 112-4 du Code de l'éducation prévoit que les conditions de passation des épreuves — orales comme écrites — sont aménagées lorsqu'un handicap ou un trouble de la santé invalidant le rend nécessaire, et il mentionne explicitement la possibilité d'un temps supplémentaire.


    Les troubles de la fluence entrent dans ce cadre. Ils n'ont pas besoin d'être reconnus comme handicap par la MDPH pour ouvrir droit à des aménagements d'épreuves : c'est l'avis du médecin désigné par la CDAPH qui fonde la demande.


    Ce point est important parce qu'il est mal connu : beaucoup de familles renoncent en croyant qu'il faut d'abord un dossier MDPH complet. Ce n'est pas le cas pour les aménagements d'examen.


    Le calendrier, point par point


    C'est la partie décisive de cet article. Les dates exactes varient selon l'examen, l'académie et l'établissement — il faut toujours les vérifier auprès du secrétariat — mais la logique, elle, ne varie pas.


    MomentCe qui se passe
    Rentrée (septembre)Signaler la situation à l'établissement. Récupérer le formulaire de demande propre à l'académie.
    Septembre à novembreConstituer le dossier et le déposer. La règle est : au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen. Pour des épreuves de juin, cela tombe le plus souvent à l'automne.
    HiverExamen du dossier par le médecin désigné, éventuel rendez-vous, avis transmis à l'autorité organisatrice.
    PrintempsNotification de la décision. C'est aussi le moment de vérifier que les aménagements accordés sont bien connus du centre d'examen.
    Épreuves (mai-juin)Les aménagements s'appliquent. Un aménagement accordé mais non transmis au centre n'existe pas en pratique : mieux vaut le vérifier avant.

    Une seule exception à la règle de la date limite : lorsque le trouble est révélé après cette échéance. C'est une exception réelle, mais c'est une exception — elle ne remplace pas le calendrier.


    Quels aménagements demander pour une épreuve orale


    C'est là que le dossier se joue, et c'est là que les familles manquent d'informations : l'administration fournit un formulaire, pas une liste de ce qu'il est pertinent de demander.


    Pour un candidat qui bégaie, les mesures les plus utiles sont :


  1. Un temps de préparation majoré pour les épreuves orales.
  2. Un temps de passage majoré, afin que le temps perdu dans les blocages ne réduise pas mécaniquement la quantité de contenu exposé. C'est l'argument central : il ne s'agit pas d'un avantage, mais du rétablissement d'un temps de parole utile équivalent.
  3. L'information de l'examinateur avant l'épreuve, pour que blocages et répétitions ne soient pas interprétés comme une hésitation sur le fond ou un défaut de préparation.
  4. La consigne de ne pas terminer les phrases du candidat et de ne pas le presser lors d'un blocage.
  5. Un ordre de passage connu à l'avance plutôt qu'un tirage au sort, quand l'organisation le permet : l'attente indéterminée est un facteur d'aggravation documenté.

  6. Pour un candidat qui bredouille, la logique se déplace : le risque n'est pas l'interruption mais l'intelligibilité et l'organisation du propos. Les mesures pertinentes sont donc plutôt un temps de préparation majoré (pour structurer), l'autorisation de garder ses notes sous les yeux, et l'information de l'examinateur sur le fait qu'un propos qui semble désorganisé ne signale pas une méconnaissance du sujet.


    Le kit d'aménagements d'examens reprend ces listes sous forme de fiche à cocher et à joindre à la demande, avec le texte de présentation du trouble déjà rédigé.



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    La procédure, étape par étape


    1Prévenir l'établissement dès la rentrée. C'est le secrétariat ou le professeur principal qui indique le formulaire à utiliser et l'adresse du médecin désigné pour l'académie. Ne pas attendre que quelqu'un pose la question.
    2Réunir les pièces. Le compte rendu de bilan orthophonique est la pièce centrale : il nomme le trouble, décrit son impact concret en situation d'épreuve orale, et appuie les aménagements demandés. S'y ajoutent le PAP ou le PPS existant, et tout élément décrivant le retentissement scolaire.
    3Déposer avant la date limite d'inscription à l'examen. C'est l'étape où tout se perd. Notez la date dès la rentrée.
    4Passer devant le médecin désigné si un rendez-vous est demandé. Il n'évalue pas le niveau scolaire : il évalue la situation et propose les aménagements.
    5Vérifier la notification, puis sa transmission au centre d'examen. Un aménagement accordé mais ignoré du jury ne sert à rien le jour J.

    Le cas particulier du PAP ou du PPS déjà en place


    Si le candidat bénéficie déjà d'un PAP accordé au titre d'un trouble du neurodéveloppement, d'un PAI ou d'un PPS, une voie dérogatoire existe (article D. 351-28-1) : la demande s'adresse directement à l'autorité qui organise l'examen, dans les mêmes délais, sans nouvel avis médical.


    Attention au piège, et il est fréquent : cette voie simplifiée tombe dès que la demande porte sur un temps majoré, ou sur des aménagements qui ne figurent pas dans le plan existant. Il faut alors repasser par le médecin désigné — et donc respecter le calendrier normal.


    Autrement dit : un PAP en place simplifie la démarche seulement si l'on demande exactement ce qu'il prévoit déjà.


    Ce que l'orthophoniste apporte au dossier


    Le compte rendu de bilan est la pièce qui fait la différence, et sa qualité tient moins au diagnostic qu'à la description de l'impact en situation.


    Un compte rendu qui dit « bégaiement modéré » appuie faiblement une demande. Un compte rendu qui dit « en situation de parole contrainte devant un interlocuteur non familier, la fréquence des disfluences passe de X à Y %, avec des blocages de plusieurs secondes qui réduisent d'environ un tiers la quantité de contenu produit dans un temps donné » appuie une demande de temps de passage majoré de façon directe.


    C'est aussi pour cela qu'il vaut mieux anticiper le bilan, plutôt que de le demander en urgence en octobre : les délais d'attente sont, dans beaucoup de départements, plus longs que le temps qui reste avant la date limite de dépôt.


    Et l'entraînement, dans tout ça


    Un aménagement rétablit une égalité de conditions. Il ne remplace pas la préparation, et c'est bien la préparation qui fait la note.


    Les deux se mènent en parallèle, sur le même calendrier : le dossier à l'automne, l'entraînement au débit et au temps de parole dans les semaines qui précèdent l'épreuve. L'outil préparer un oral génère ce second calendrier à partir de la date de l'épreuve, et les articles sur le grand oral et sur l'oral du brevet détaillent ce qui se travaille dans chaque phase.


    Concrètement, je fais quoi dès la rentrée ?


    Quatre actions, et la première est la seule vraiment urgente.


    1Demandez au secrétariat la date limite d'inscription à l'examen, et notez-la. C'est l'échéance du dossier, et c'est là que tout se perd.
    2Récupérez le formulaire de votre académie et l'adresse du médecin désigné par la CDAPH.
    3Demandez le compte rendu de bilan à l'orthophoniste, en précisant qu'il servira à une demande d'aménagement d'épreuves : ce qui compte est la description de l'impact en situation d'oral, pas seulement le nom du trouble.
    4Cochez les aménagements pertinents avant le rendez-vous. Une demande calibrée sur le besoin réel passe mieux qu'une demande maximale.

    FAQ - vos questions sur les aménagements d'épreuves


    Qu'est-ce que le tiers temps exactement ?


    C'est une majoration du temps imparti pour une épreuve, dont la durée supplémentaire est en principe limitée au tiers du temps normalement prévu. Une épreuve écrite de quatre heures peut ainsi passer à cinq heures vingt. Ce n'est qu'un aménagement parmi d'autres, et rarement le plus utile pour une épreuve orale.


    Quand faut-il déposer la demande d'aménagement ?


    Au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen, sauf si le trouble est révélé après cette échéance. En pratique, cela place le dépôt à l'automne pour des épreuves de mai-juin. Les dates exactes varient selon l'examen et l'académie et se vérifient auprès de l'établissement.


    Faut-il un dossier MDPH pour obtenir des aménagements d'examen ?


    Non. C'est l'avis d'un médecin désigné par la CDAPH qui fonde la demande, et une reconnaissance de handicap n'est pas requise. Beaucoup de familles renoncent en croyant l'inverse, ce qui est la première cause de dossiers jamais déposés.


    Quels aménagements demander pour un bégaiement à l'oral ?


    Les plus utiles sont le temps de préparation majoré, un temps de passage majoré pour que les blocages ne réduisent pas le contenu exposé, l'information de l'examinateur, la consigne de ne pas terminer les phrases du candidat, et un ordre de passage connu à l'avance plutôt qu'un tirage au sort.


    Mon enfant a déjà un PAP. La démarche est-elle plus simple ?


    Oui, mais à une condition. Un PAP, un PAI ou un PPS ouvre une voie dérogatoire : la demande s'adresse directement à l'autorité qui organise l'examen, sans nouvel avis médical. Attention, cette voie tombe dès que vous demandez un temps majoré ou un aménagement absent du plan existant - il faut alors repasser par le médecin désigné, et donc respecter le calendrier normal.


    Et si la demande est refusée ?


    La décision appartient à l'autorité qui organise l'examen et peut être contestée par les voies de recours administratives habituelles. En pratique, un refus vient souvent d'un dossier qui décrit le trouble sans décrire son impact concret en situation d'épreuve : c'est ce point qu'il faut renforcer avec l'orthophoniste.


    À retenir


    « Tiers temps » désigne une majoration de durée plafonnée au tiers du temps prévu — pas l'ensemble des aménagements, et pas le plus utile pour un oral.


    La demande se dépose au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen, ce qui place l'échéance à l'automne pour des épreuves de juin. C'est la seule chose à retenir dès la rentrée.


    Et pour un trouble de la fluence, ce qu'il faut demander porte sur le déroulé de l'oral : temps de préparation, temps de passage, information de l'examinateur. Une demande calibrée passe mieux qu'une demande maximale.




    Cet article décrit un cadre général à titre d'information. Il ne remplace ni l'avis du médecin désigné par la CDAPH, ni la décision de l'autorité qui organise l'examen. Les dates et formulaires exacts se vérifient auprès de l'établissement et du rectorat concernés.

    Clément, fondateur de ParlerMoinsVite

    Clément - Fondateur de ParlerMoinsVite

    J'ai bredouillé pendant plus de 20 ans sans le savoir. En 2022, une orthophoniste spécialisée en fluence m'a aidé à comprendre et à travailler mon débit. C'est ce parcours qui m'a poussé à créer ParlerMoinsVite, l'outil que j'aurais voulu avoir dès le début.

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