Pratique

    Remboursement orthophoniste : Sécu, mutuelle et reste à charge expliqués simplement

    Clément, fondateur
    9 min de lecture
    22 août 2026

    Vous avez enfin décidé de consulter. Et entre deux recherches sur « bilan orthophoniste » et « rdv orthophoniste », une question s'est glissée devant toutes les autres : est-ce que ça va me coûter cher ?


    Je me la suis posée aussi, à trente ans, avant mon premier bilan pour un bredouillement. J'imaginais des séances à cent euros et un suivi de deux ans. Personne ne savait me répondre clairement, et les pages que je trouvais parlaient en sigles.


    Bonne nouvelle : en France, le remboursement de l'orthophoniste suit des règles simples, les mêmes que pour un kinésithérapeute. Et dans la grande majorité des cas, il ne vous reste presque rien à payer.


    En bref : sur prescription médicale, l'Assurance Maladie rembourse 60 % du tarif conventionnel du bilan et des séances d'orthophonie, 100 % en affection de longue durée et dans quelques autres situations. Votre mutuelle couvre en général les 40 % restants. Les dépassements d'honoraires sont rares. Ce qui fait perdre le remboursement, ce n'est pas le tarif : c'est une prescription absente ou périmée.

    Le parcours en quatre étapes, et qui paie à chaque étape


    Pour comprendre le remboursement, il faut voir le parcours dans l'ordre. Chaque étape en conditionne une autre, et c'est souvent là que ça coince.


    Le parcours remboursé : prescription, bilan, séances, renouvellement.
    Le parcours remboursé : prescription, bilan, séances, renouvellement.

    1. La prescription médicale. Tout part d'une ordonnance. Votre médecin traitant, un ORL, un phoniatre ou un neurologue prescrit un « bilan orthophonique ». Sans cette ordonnance, rien n'est remboursé. La consultation, elle, est remboursée comme n'importe quelle consultation médicale.


    2. Le bilan. C'est le premier rendez-vous, souvent le plus long. L'orthophoniste évalue votre parole, votre langage ou votre voix selon le motif, puis rédige un compte rendu pour le médecin. Le bilan est un acte coté dans la nomenclature, remboursé dans les mêmes conditions que les séances. J'ai détaillé son déroulé dans l'article sur le bilan orthophonique.


    3. Les séances. Le bilan débouche sur une série de séances, en général une par semaine. Chaque séance est un acte coté, remboursé à 60 % par l'Assurance Maladie sur le tarif conventionnel, le reste par votre complémentaire santé.


    4. Le renouvellement. Quand la série prescrite est épuisée et que la rééducation doit continuer, l'orthophoniste fait un bilan de renouvellement, plus court, et vous repassez par le médecin. Même règle de remboursement.


    Une image pour fixer tout ça : le remboursement fonctionne comme une chaîne de relais. Le médecin passe le témoin à l'orthophoniste, qui le passe à l'Assurance Maladie, qui le passe à la mutuelle. Si un coureur manque, le témoin tombe, et c'est vous qui le ramassez.


    Ce que rembourse l'Assurance Maladie


    L'orthophonie est une profession de santé conventionnée. Les tarifs des actes sont fixés nationalement, dans une nomenclature (la NGAP), avec une unité appelée AMO (acte médical d'orthophonie) dont chaque acte vaut un certain nombre.


    Sur cette base, l'Assurance Maladie rembourse :


  1. 60 % du tarif conventionnel dans le cas général, pour le bilan comme pour les séances, sans condition d'âge. Un adulte est remboursé exactement comme un enfant.
  2. 100 % du tarif conventionnel dans plusieurs situations : affection de longue durée quand l'orthophonie est liée à cette affection (AVC, maladie de Parkinson, certaines pathologies neurologiques), accident du travail ou maladie professionnelle, invalidité, maternité à partir du sixième mois de grossesse, et pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire.

  3. Le piège : le 100 % en affection de longue durée ne s'applique que si l'orthophonie est en rapport avec l'affection. Un bégaiement chez une personne en ALD pour un diabète reste remboursé à 60 %.


    Pourquoi je ne vous donne pas les montants en euros


    Les valeurs de l'AMO et des cotations sont révisées par avenants conventionnels. Toute grille publiée ici serait fausse dans un an, et des pages périmées sur ce sujet, il y en a déjà assez en ligne.


    L'ordre de grandeur, lui, est stable : un bilan se chiffre en quelques dizaines d'euros, parfois un peu plus ; une séance, en dizaines d'euros. Jamais en centaines. Le montant exact se vérifie en deux minutes sur ameli.fr, ou se demande au cabinet à la prise de rendez-vous (c'est une question normale, posée mille fois avant vous).


    Les orthophonistes qui cherchent le détail des cotations trouveront mon mémo nomenclature.


    Ce que couvre la mutuelle


    Votre complémentaire santé (mutuelle, assurance, institution de prévoyance) prend en charge ce que l'Assurance Maladie ne rembourse pas : les 40 % restants, qu'on appelle le ticket modérateur.


    Trois choses à savoir :


  4. Presque tous les contrats couvrent le ticket modérateur de l'orthophonie, y compris les contrats d'entrée de gamme. Il faut chercher la ligne « auxiliaires médicaux » ou « soins paramédicaux » dans votre tableau de garanties : 100 % de la base de remboursement veut dire que le ticket modérateur est couvert en totalité.
  5. Les dépassements d'honoraires sont rares. La quasi-totalité des orthophonistes exercent en secteur conventionné, à tarif opposable. Une garantie « 200 % » ne vous servira donc presque jamais en orthophonie.
  6. Le tiers payant est fréquent. Avec votre carte Vitale et votre attestation de mutuelle, beaucoup de cabinets ne vous font rien avancer.

  7. Sans complémentaire, vous payez le ticket modérateur vous-même : 40 % du tarif conventionnel à chaque séance. Sur un suivi hebdomadaire, ça finit par compter, et c'est l'un des cas où la Complémentaire santé solidaire mérite d'être demandée.


    Ce que vous payez réellement : les cas types


    Sans chiffres en euros, un tableau reste possible, parce que ce sont les proportions qui comptent. À chaque ligne, le reste à charge s'entend hors franchise médicale (j'y reviens juste après).


    Votre situationAssurance MaladieMutuelleCe qu'il vous reste
    Cas général, avec une mutuelle classique60 %40 %0 €
    Cas général, sans mutuelle60 %0 %40 % du tarif à chaque acte
    Affection de longue durée en rapport avec le soin100 %rien à couvrir0 €
    Complémentaire santé solidaire100 %incluse0 €, sans franchise
    Mutuelle qui couvre partiellement (rare)60 %une partie des 40 %Le complément, en euros
    Orthophoniste non conventionné (rare)0 %, ou tarif d'autorité symboliqueSelon contratLa quasi-totalité


    Simulateur de reste à charge

    Simulation indicative : les tarifs sont révisés par avenants conventionnels. Le tarif proposé est un exemple, remplacez-le par celui du cabinet ou d'ameli.fr.

    Type d'acte

    Taux de l'Assurance Maladie

    Votre mutuelle couvre le ticket modérateur ?

    Par mois (4 séances)

    Coût total120,00 €
    Part Assurance Maladie72,00 €
    Part mutuelle48,00 €
    Franchise médicale (non remboursée)4,00 €
    Reste à charge mensuel4,00 €
    Reste à charge annuel48,00 €


    Les cas particuliers


    Adulte. Aucune limite d'âge. Le bredouillement, le bégaiement, la voix, les suites d'AVC : tout se rembourse sur prescription, à l'identique d'un enfant. Si on vous a dit le contraire, c'est faux, et j'ai écrit un guide complet sur l'orthophonie pour adulte pour lever ce doute.


    Enfant. Même règle. Les mineurs sont en plus exonérés de la franchise médicale.


    Bégaiement et bredouillement. Ce sont des troubles de la fluence, reconnus dans la nomenclature sous un acte de rééducation dédié. Ils se remboursent comme les autres motifs. Il n'existe pas d'ALD spécifique pour eux : comptez sur le 60 % plus mutuelle.


    Télé-orthophonie. Les séances à distance (télésoin) sont remboursées dans les mêmes conditions que le présentiel, sous conditions : votre accord, un équipement adapté, et en principe un premier bilan en présentiel. C'est une vraie porte de sortie quand les cabinets près de chez vous sont pleins.


    Belgique, Suisse, Québec. En Belgique, la logopédie est remboursée par l'INAMI via votre mutualité, sur prescription et après accord, pour les troubles reconnus. En Suisse, la logopédie prescrite relève selon les cas de l'assurance de base, de l'AI pour les mineurs ou du canton. Au Québec, le public est gratuit mais saturé et le privé n'est pas remboursé par la RAMQ.



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    Les trois pièges qui font perdre le remboursement


    1. Des séances sans prescription. C'est le piège le plus coûteux. Un orthophoniste peut vous recevoir sans ordonnance, mais rien ne sera remboursé. Avant le premier rendez-vous, passez par le médecin.


    2. Une prescription périmée ou mal libellée. La série de séances prescrite n'est pas infinie. Quand elle est épuisée, il faut un renouvellement avant de continuer, sinon les séances suivantes ne passent pas. Et le libellé compte : « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire » permet de démarrer directement après le bilan ; « bilan d'investigation » vous oblige à repasser chez le médecin avec une nouvelle ordonnance avant la première séance.


    3. La franchise médicale. Elle s'applique aux actes des auxiliaires médicaux, orthophonistes compris : une petite somme retenue sur chaque remboursement, plafonnée par jour et par an. Elle n'est pas remboursée par la mutuelle, c'est voulu. Les mineurs, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire et les femmes enceintes à partir du sixième mois en sont exonérés. Le montant en vigueur est sur ameli.fr ; ce n'est pas ça qui fera la différence, mais autant ne pas le découvrir sur un relevé.


    Un quatrième piège, moins fréquent : les séances manquées. Un rendez-vous non décommandé peut vous être facturé par le cabinet, et celui-là n'est remboursé par personne.


    Et ParlerMoinsVite dans tout ça ?


    Autant être clair, parce que la question revient : l'application n'est pas un acte de soin, et elle n'est donc remboursée par personne. Ce n'est pas un dispositif médical, ses mesures sont indicatives.


    Si votre orthophoniste utilise ParlerMoinsVite, l'application est gratuite pour vous : c'est son abonnement professionnel qui couvre votre accès, et vos exercices à la maison alimentent directement son suivi. En autonomie, sans orthophoniste, c'est un abonnement à quelques euros par mois.


    Dans les deux cas, une chose doit être dite sans détour : l'entraînement à domicile ne remplace pas les séances. Il mesure votre débit, structure dix minutes par jour entre deux rendez-vous, et objective vos progrès. Le diagnostic et la conduite du soin restent un travail clinique, remboursé, chez l'orthophoniste.


    Concrètement, je fais quoi ?


    Cinq gestes, dans l'ordre. Les trois premiers se font ce soir.


    1Prenez rendez-vous chez votre médecin et demandez le libellé « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire ». Un aller-retour de gagné.
    2Sortez votre tableau de garanties et cherchez la ligne « auxiliaires médicaux ». Si vous lisez 100 % de la base de remboursement, votre reste à charge sera nul.
    3Vérifiez si vous relevez du 100 % : affection de longue durée en rapport avec le soin, accident du travail, invalidité, grossesse, Complémentaire santé solidaire. Beaucoup de gens y ont droit sans le savoir.
    4Appelez les cabinets en donnant votre motif, et demandez s'ils pratiquent le tiers payant. Si les délais sont longs, mon article sur la liste d'attente chez l'orthophoniste explique quoi faire des mois qui viennent.
    5Notez la date de fin de votre série de séances dès qu'elle commence, pour anticiper le renouvellement et ne pas laisser un trou dans la prise en charge.

    Quand consulter


    Ce qui justifie de demander une ordonnance : on vous fait répéter souvent, vos fins de phrases disparaissent, vous évitez le téléphone ou les réunions, votre voix fatigue ou se casse, un enfant parle très vite ou accroche sur les mots depuis plus de six mois, ou une parole qui change après un événement neurologique.


    Ce qui ne justifie pas de consulter tout de suite : une parole un peu moins nette le soir après une longue journée, un trac ponctuel avant un oral, ou une hésitation passagère chez un enfant de trois ans en pleine explosion du langage. Dans ces cas, observez quelques semaines avant de vous inquiéter.


    Une urgence, en revanche : une parole qui se déforme brutalement en quelques minutes, surtout avec un visage asymétrique ou un bras faible, c'est le 15, pas l'orthophoniste.


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    FAQ - vos questions sur le remboursement de l'orthophoniste


    L'orthophoniste est-il remboursé sans ordonnance ?


    Non. Le remboursement par l'Assurance Maladie, et donc par la mutuelle, suppose une prescription médicale du bilan puis des séances. Vous pouvez consulter sans ordonnance, mais vous paierez l'intégralité du tarif. Le médecin traitant, un ORL, un phoniatre ou un neurologue peuvent prescrire.


    Combien rembourse la Sécurité sociale pour une séance d'orthophonie ?


    60 % du tarif conventionnel de l'acte dans le cas général, 100 % en affection de longue durée en rapport avec le soin, en accident du travail, en invalidité, en maternité à partir du sixième mois et pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire. Le montant en euros dépend de la cotation de l'acte et des avenants en vigueur, consultables sur ameli.fr.


    Le bilan orthophonique est-il remboursé ?


    Oui, dans les mêmes conditions que les séances : 60 % par l'Assurance Maladie sur le tarif conventionnel, le reste par la complémentaire santé. Avec une mutuelle classique, il ne vous coûte rien ou presque. Il doit être prescrit par un médecin.


    Ma mutuelle rembourse-t-elle les séances d'orthophonie ?


    Dans la grande majorité des contrats, oui : l'orthophonie figure dans la ligne « auxiliaires médicaux » ou « soins paramédicaux », avec une prise en charge du ticket modérateur à 100 % de la base de remboursement. Vérifiez votre tableau de garanties ; une couverture partielle est rare mais existe.


    Le bégaiement ou le bredouillement d'un adulte sont-ils remboursés par la Sécu ?


    Oui. Les troubles de la fluence sont reconnus dans la nomenclature des actes d'orthophonie et se remboursent sur prescription, sans condition d'âge, à 60 % par l'Assurance Maladie puis par la mutuelle. Il n'existe pas d'affection de longue durée dédiée au bégaiement ou au bredouillement.


    Les séances d'orthophonie en visio sont-elles remboursées ?


    Oui, le télésoin en orthophonie est remboursé comme le présentiel, sous conditions : votre accord, un équipement adapté, et en principe un premier bilan réalisé en présentiel. C'est une bonne solution quand les cabinets proches sont saturés.


    Pourquoi il me manque un euro sur le remboursement de ma séance d'orthophonie ?


    C'est très probablement la franchise médicale, retenue sur les actes des auxiliaires médicaux et plafonnée par jour et par an. Elle n'est pas couverte par la mutuelle. Les mineurs, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire et les femmes enceintes à partir du sixième mois en sont exonérés.


    À retenir


  8. Sans ordonnance, rien n'est remboursé. Le médecin d'abord, l'orthophoniste ensuite.
  9. L'Assurance Maladie rembourse 60 % du tarif conventionnel, 100 % en affection de longue durée en rapport avec le soin et dans quelques situations précises.
  10. La mutuelle couvre presque toujours les 40 % restants : avec un contrat classique, le reste à charge est nul, à la franchise médicale près.
  11. Le remboursement ne dépend pas de l'âge ni du motif : bégaiement, bredouillement, voix, suites d'AVC, tout se rembourse.
  12. Ce qui fait perdre le remboursement : une prescription absente, périmée ou mal libellée. Pas le tarif.

  13. Pour aller plus loin


    📖 Le bilan orthophonique : comment ça se passe · Liste d'attente orthophoniste : que faire · Orthophoniste pour adulte : le guide · Combien coûte l'orthophonie
    Clément, fondateur de ParlerMoinsVite

    Clément - Fondateur de ParlerMoinsVite

    J'ai bredouillé pendant plus de 20 ans sans le savoir. En 2022, une orthophoniste spécialisée en fluence m'a aidé à comprendre et à travailler mon débit. C'est ce parcours qui m'a poussé à créer ParlerMoinsVite, l'outil que j'aurais voulu avoir dès le début.

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