Le soir, il chante dans le bain, imite sa maîtresse, raconte trois fois la même histoire de dinosaures. Le matin, à la porte de l'école, il se ferme. Toute la journée, pas un mot. Ni à la maîtresse, ni aux copains, parfois même pas pour demander à aller aux toilettes.
À la réunion de rentrée, on vous a peut-être dit qu'il était « très timide », ou qu'il « faisait exprès ». Vous savez bien que ce n'est pas ça : vous l'entendez parler tous les jours.
Pas de panique. Ce que vous décrivez porte un nom, le mutisme sélectif. Il est connu, il se repère, et il s'améliore nettement avec la bonne approche. La première règle est même contre-intuitive : ne pas pousser l'enfant à parler.
En bref : le mutisme sélectif est un trouble anxieux de l'enfance : l'enfant parle normalement là où il se sent en sécurité (souvent à la maison) mais n'arrive pas à parler dans d'autres situations (souvent l'école), depuis au moins un mois ; ce n'est ni un caprice ni de la simple timidité, et il se soigne surtout par une approche cognitivo-comportementale progressive, avec la famille et l'école, sans jamais forcer la parole.
Mutisme sélectif : de quoi parle-t-on exactement ?
Le terme vient du manuel de référence des psychiatres, le DSM-5. Depuis 2013, il range le mutisme sélectif parmi les troubles anxieux, aux côtés de l'anxiété sociale ou de l'anxiété de séparation. La classification internationale des maladies (CIM-10), utilisée en France, le classe sous le code F94.0, avec son ancien nom de « mutisme électif ».
Cinq critères doivent être réunis :
Le mot qui compte, c'est « n'arrive pas ». L'enfant ne choisit pas de se taire. Il voudrait souvent parler, et il ne peut pas.
Ce que ce n'est pas
Ce n'est pas un caprice, ni de l'opposition. Un enfant opposant se tait par choix et reparle quand ça l'arrange. L'enfant qui a un mutisme sélectif se tait malgré lui, même quand ça lui coûte (rater une sortie, ne pas pouvoir dire qu'il a mal).
Ce n'est pas non plus de la timidité. Un enfant timide met du temps à se lancer, puis finit par parler. L'enfant qui a un mutisme sélectif reste silencieux des semaines, des mois, parfois des années dans la même classe.
Et ce n'est pas votre faute. Le mutisme sélectif n'est pas causé par l'éducation. Certaines réactions pleines de bonne volonté peuvent l'entretenir sans qu'on le veuille, et ça, ça se change.
À quoi ressemble-t-il au quotidien ?
Il commence le plus souvent avant 5 ans. Mais on le repère à l'entrée à l'école, premier endroit où l'on attend vraiment de l'enfant qu'il parle à des adultes qu'il connaît peu.
Les signes typiques :
Ce corps qui se bloque porte un nom : le figement. C'est une réaction de peur, comme un animal qui s'immobilise. L'enfant n'est pas boudeur, il est sidéré.
La parole de votre enfant fonctionne comme un robinet. À la maison, l'eau coule librement. À l'école, l'anxiété serre le robinet si fort qu'il ne sort plus rien, même quand l'enfant pousse de toutes ses forces. Lui demander de parler, c'est appuyer sur un robinet bloqué. Ce qui marche, c'est de desserrer l'écrou, un quart de tour à la fois.
D'où vient le mutisme sélectif ?
Pas d'une cause unique, mais d'un faisceau de facteurs :
Le lien avec l'anxiété sociale est très fort : une grande partie de ces enfants en présentent aussi une.
En revanche, le mutisme sélectif ne découle pas, dans l'immense majorité des cas, d'un traumatisme. Un enfant qui cesse brutalement de parler partout après un événement grave vit autre chose : il faut consulter rapidement.
Mutisme sélectif, timidité, bégaiement, autisme : comment faire la différence ?
Ces situations se confondent, et peuvent se combiner. Des repères, pas un diagnostic :
Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes
| Repère | Mutisme sélectif | Timidité | Bégaiement | Autisme |
|---|---|---|---|---|
| Parle à la maison | Oui, normalement | Oui | Oui, avec des accrocs | Selon l'enfant |
| Parle à l'école | Non, ou presque | Oui, après un temps | Oui, avec des accrocs | Comme ailleurs, avec ses particularités |
| Ce qui bloque | La peur de parler devant certains | La gêne du début | Le démarrage des sons | La communication sociale en général |
| Évolue seul avec le temps | Rarement | Oui | Souvent chez le jeune enfant, pas toujours | Non, accompagnement spécifique |
Avec le bégaiement, tout se joue sur le type de difficulté. L'enfant qui bégaie parle, mais les sons accrochent : répétitions, prolongations, blocages. L'enfant qui a un mutisme sélectif ne commence pas à parler. Les deux peuvent coexister : un enfant qui bégaie peut finir par se taire pour ne plus être moqué. Si vous entendez des accrocs à la maison, lisez le guide du bégaiement de l'enfant de 2 à 5 ans.
Avec l'autisme, l'indice principal est le contexte. Dans le mutisme sélectif, l'enfant communique avec aisance là où il est à l'aise. Dans l'autisme, les particularités de communication se retrouvent partout, maison comprise. Les deux diagnostics peuvent être posés chez un même enfant : c'est au professionnel de trancher.
Haut potentiel, adolescence, âge adulte : les questions qu'on se pose
Et le haut potentiel ? Beaucoup de parents décrivent un enfant très observateur, très sensible, qui comprend tout. À ce jour, aucune étude solide ne montre que le haut potentiel cause le mutisme sélectif, ni l'inverse.
Et à l'adolescence ? Sans accompagnement, le mutisme peut durer et prendre la forme d'une anxiété sociale envahissante : exposés impossibles, oraux redoutés, isolement. C'est le moment de demander des aménagements : voyez le tiers temps et les aménagements d'épreuves orales.
Et chez l'adulte ? Le mutisme sélectif de l'adulte existe, le plus souvent comme un mutisme d'enfance qui ne s'est jamais levé, mêlé à une forte anxiété sociale : impossible de parler à un collègue, au téléphone, chez le médecin. Il n'est pas trop tard, les thérapies cognitivo-comportementales s'adressent aussi aux adultes. Si votre difficulté ressemble plutôt à une peur de parler devant un groupe, l'article sur la glossophobie vous parlera davantage.
Qui consulter ?
Le parcours le plus simple, en France :
Un traitement médicamenteux est parfois discuté dans les formes sévères ou qui ne bougent pas. C'est une décision médicale, jamais un premier réflexe.
Un mot d'honnêteté : Parler Moins Vite est une application d'entraînement au débit de parole, pour le bredouillement et le bégaiement. Elle ne traite pas le mutisme sélectif. Si, en lisant ces lignes, vous pensez plutôt à un bégaiement, chez votre enfant ou chez vous, le guide du bégaiement est la bonne porte d'entrée.
Comment on soigne le mutisme sélectif
Le principe commun : faire baisser l'anxiété avant de demander la parole, puis avancer par petites marches.
L'exposition graduée. On construit une échelle de situations, de la plus facile à la plus difficile, et on ne monte une marche que lorsque la précédente est devenue facile. Être présent, répondre par un geste, chuchoter à l'oreille d'un parent, dire un mot, puis une phrase.
Le glissement progressif (en anglais, stimulus fading). La technique la plus élégante. L'enfant parle avec quelqu'un avec qui il parle déjà, vous par exemple, dans la classe vide. La maîtresse entre, reste loin, fait autre chose. Puis elle se rapproche, rendez-vous après rendez-vous. La parole « glisse » d'une personne à l'autre, sans saut brutal.
Le renforcement positif. On valorise chaque marche franchie, calmement : un petit mot, un regard complice, un moment agréable ensuite. Jamais de grandes félicitations en public : pour un enfant anxieux, l'attention du groupe est une pression de plus.
Le travail avec l'école. Rien ne bouge vraiment sans l'enseignant. Une rencontre à trois (parents, enseignant, thérapeute) fixe ce qu'on attend, et surtout ce qu'on n'attend pas encore.
Concrètement, je fais quoi ?
À la maison :
À l'école (à transmettre à l'enseignant) :
Pour une rentrée en douceur, nos conseils pour la rentrée scolaire valent aussi pour un enfant silencieux, même s'ils ont été écrits pour le bégaiement.
Quand consulter
Prenez rendez-vous avec le médecin traitant ou le pédiatre si :
Consultez rapidement si votre enfant cesse de parler partout, y compris avec vous, ou après un événement grave, ou s'il perd d'autres acquis.
Ce qui ne justifie pas d'inquiétude : un enfant silencieux les premières semaines de sa première rentrée, qui se met ensuite à chuchoter, puis à parler. C'est une adaptation.
FAQ - vos questions sur le mutisme sélectif
Le mutisme sélectif peut-il disparaître tout seul ?
Il s'atténue parfois avec le temps, mais il dure souvent si rien ne change autour de l'enfant, et plus il dure, plus le silence devient une habitude difficile à défaire. Une prise en charge précoce, avec la famille et l'école, donne les meilleurs résultats.
Existe-t-il un test du mutisme sélectif ?
Aucun test en ligne n'est fiable. Le diagnostic se pose en consultation, à partir des critères du DSM-5 et de ce que rapportent les parents et l'enseignant. Des questionnaires existent, mais ils servent d'appui au professionnel.
Quel est le lien entre mutisme sélectif et autisme ?
Ce sont deux troubles différents, qui peuvent coexister. Dans le mutisme sélectif, l'enfant communique avec aisance là où il se sent en sécurité. Dans l'autisme, les particularités de communication sociale se retrouvent dans tous les contextes, y compris à la maison.
Mon enfant est en maternelle et ne parle pas à la maîtresse : faut-il s'inquiéter ?
Pas dans les premières semaines : beaucoup d'enfants restent silencieux le temps de s'adapter. Si le silence dure plus d'un mois après cette période, touche tous les adultes de l'école alors que votre enfant parle normalement à la maison, parlez-en au pédiatre.
Le mutisme sélectif existe-t-il chez l'adulte ?
Oui. Le plus souvent, c'est un mutisme d'enfance qui ne s'est jamais levé, associé à une anxiété sociale importante. Les thérapies cognitivo-comportementales s'adressent aussi aux adultes, avec les mêmes principes : exposition progressive et baisse de l'anxiété.
Faut-il forcer un enfant atteint de mutisme sélectif à parler ?
Non. Forcer, supplier ou récompenser un mot augmente l'anxiété, donc le blocage. Mais il ne faut pas non plus parler systématiquement à sa place. Le bon équilibre : accepter les autres moyens de communiquer, laisser des silences courts sans les remplir, et avancer par petites marches avec l'aide d'un professionnel.
À retenir
Informations générales : elles ne remplacent pas l'avis d'un ou une orthophoniste ou d'un médecin. ParlerMoinsVite n'est pas un dispositif médical.
Mis à jour le 4 octobre 2026
Pour aller plus loin

J'ai créé ParlerMoinsVite après ma propre rééducation avec une orthophoniste.